Point presse de Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national à l’international et à l’Europe sur la politique internationale de N. Sarkozy

La politique internationale de Nicolas Sarkozy

Les deux piliers de la politique de Nicolas Sarkozy lors de sa candidature à la présidence de la République

1°) Le modèle français, jugé obsolète. Il faut l’adapter au modèle mondial. Mais entre temps, N. Sarkozy est passé de la rupture à l’adaptation du modèle français qui se serait révélé favorable lors de la crise,

2°) Une vision particulière de la politique française. La chute du mur de Berlin symbolisait pour lui la victoire du monde libéral. Il s’agissait de rompre avec la 3ème voie chère à De Gaulle ou Mitterrand pour être à l’avant garde d’un monde incarné par les Etats-Unis de Bush.

Nicolas Sarkozy essaie alors d’être le meilleur de la classe occidentale. La situation s’est retournée et il s’est retrouvé dans l’incapacité de redéfinir une ligne claire au plan international

C’est donc une politique de faux-semblants : Nicolas Sarkozy est partout, mais la France est nulle part. C’est une succession de postures internationales à vocation strictement nationales.

Que veut la France ? Quel est son objectif, sa stratégie, sommes-nous dans « l’eco-stratégique » ou « l’écolo-stratégique » ? Quel but poursuit la France dans ses relations internationales ? Sommes-nous dans le multilatéralisme ou le bilatéralisme ? Sommes-nous dans la soumission du bilatéralisme naissant entre la Chine et les Etats-Unis ? On n’en sait rien. Nicolas Sarkozy veut être visible, alors qu’il faut être lisible.  On est contradictoire, parfois pusillanime. On cherche une cohérence à nos postures.

Les États-Unis.

La nomination de Bernard Kouchner était une ouverture affichée envers les Etats-Unis, avec tous ceux qui se sont retrouvés au pouvoir à l’arrivée de Nicolas Sarkozy.
Maintenant, il est passé d’une position pro-Bush à une position anti-Obama. Ni la France ni le monde occidental, n’ont rien à gagner dans un échec de Barack Obama. Il semblerait que le président parie sur cet échec, ce qui isole la France en Europe. Cela est visible dans une série d’incidents.

  • Le 7 février lors de la conférence de presse de Munich, il froisse inutilement la diplomatie américaine,
  • Un autre jour, c’est la confidence faite à des parlementaires : « Obama depuis deux mois, n’a jamais géré un ministère de sa vie. Il n’est toujours pas au niveau des décisions efficientes. », ce qui a fait l’effet d’une bombe dans le milieu diplomatique.
  • La façon dans la France a fait la leçon au monde entier à la veille du sommet de Pittsburgh à propos de l’Iran.
  • L’interpellation à Obama pour qu’il soit présent à la fin du sommet de Copenhague.
  • Pour autant, sur le fond, nous n’avons pas de véritable débat avec les États-Unis. Par rapport à l’OTAN, sommes-nous sous l’égide de la conférence de Bucarest de 2008  qui évoquait la possibilité d’exporter la démocratie y compris en Afghanistan ? Sommes-nous dans la lutte à Al Qaïda ? Sommes-nous dans une guerre contre les Talibans ? dans l’exigence de faire renoncer l’Afghanistan au terrorisme. Nous ne sommes pas clairs avec nos partenaires américains. Nous sommes entrés dans l’Otan et maintenant qu’on nous demande des troupes, nous ne voulons pas.

    • Première question : quelle ligne, quel dialogue avec les États-Unis ?
    • Deuxième question concernant l’Iran : pourquoi prenons-nous la tête d’une offensive contre l’Iran que l’on considère comme un bloc et non comme un pays traversé de contradictions ? Pourquoi la France installe-t-elle une base face à la Perse, à Abu Dhabi ? Sommes-nous le bras armé de la défense des Sunnites ?

    A l’Assemblée nationale, M. Lellouche indique qu’il faut réfléchir à des sanctions vis-à-vis de l’Iran ? Politique de gribouille où l’on bombe le torse en réduisant la marge de manœuvre des États-Unis. L’absence de réaction de la France à propos des déclarations d’Obama sur l’armement nucléaire est invraisemblable. On ne peut pas être à la fois contre la prolifération nucléaire et à l’écart du processus en cours qui se passe sans nous, entre les États-Unis et la Russie.

    Il faudrait aussi questionner les États-Unis sur ce duo-pôle Sino-américain ?

    La façon dont la France gère sa diplomatie avec la Chine en recevant ou en écartant tour à tour le Dalaï Lama pour se retrouver à Londres avec lui, apparaît confus.

    On pourrait étendre ce manque de visibilité à presque tous les sujets. Au Moyen-Orient, en Egypte ou à tel Aviv ? Où sont les initiatives françaises ? Après le trop plein, c’est le trop peu.

    Même chose à propos de la Russie et de l’épisode géorgien qui s’inscrivait dans la démarche de Bush, pour refouler les Russes. Maintenant, on reçoit Poutine de manière bizarre à Rambouillet, sans que le président ne soit là pour l ‘accueillir.

    Le sommet de Copenhague ne fait pas l’objet d’une architecture internationale, pour que les décisions  prises, soient respectées par tous.

    L’Europe.

    Nicolas Sarkozy a gâché une présidence honorable en postulant de présider l’Europe jusqu’en 2010.

    La France est perçue comme le pays qui veut régenter l’Europe. Plus inquiétant, nous sommes passés de l’axe franco-allemand, à la primauté franco-allemande. Nicolas Sarkozy met cette entente à toutes les sauces, après avoir tenté de faire l’Euroméditerranée sans les Allemands. Les problèmes des Espagnols, des Polonais, des Anglais ou des Grecs, tous actuellement subordonné à l’accord politique passé avec Madame Merkel. C’est une sorte de pacte de non-dit. La France n’interpelle pas l’Allemagne sur le plan de relance européen, et à l’inverse, l’Allemagne ne regarde pas de trop près les déficits français.

    Les experts observent ces déficits colossaux en Europe et ailleurs, avec la bulle des dettes publiques, sans que ni la France, ni l’Allemagne ne soient à la manœuvre dans ce domaine. Tout cela parce que Nicolas Sarkozy est dans le ni ni, qui occulte le développement européen, son approfondissement et son élargissement.
    L’Europe a pourtant une conjoncture « favorable », avec la nécessité bien comprise de s’unir face à la crise financière, ou climatique. Au PSE, on a aussi vu que tous les pays en Europe étaient sensibles à la concurrence avec les pays émergents et souhaitent s’unir pour résister au marché.

    Il y a aussi une question de leadership en Europe qui devrait s’affirmer à travers une politique plus forte. La question de la politique fiscale ou d’un grand emprunt au niveau de l’Europe reste posée. Après le traité de Lisbonne, on semble se reposer sur la situation telle qu’elle est et la politique européenne de la France substitue une sorte de fédération au grand projet européen, ce qui ne sera pas viable pour la suite. Pour résumer, le pronostic est invalidé et la pratique est paralysée. N’ayant pas vu ses pronostics se réaliser, Nicolas Sarkozy est paralysé dans ses initiatives, ce qui donne une image peu crédible et cohérente.