Point presse sur le livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale
>> Lire la note d’analyse du livre blanc sur la défense (doc pdf)
- Intervention de François LAMY
Nous attendons les annonces de Nicolas SARKOZY en matière de défense, mais d’ores et déjà nous pouvons livrer notre sentiment sur un document arbitré mardi dernier.
Il y a actuellement quatre exercices pour les questions de défense :
* la revue de programme,
* La revue générale des politiques publiques (réduction des effectifs, carte militaire),
* La loi de programmation militaire,
* Le livre blanc sur la défense (le dernier ayant été réalisé en 1994).
Cette idée du livre blanc aurait dû permettre une réflexion poussée sur notre défense et ses objectifs, l’état du monde et ses menaces et entraîner un débat au Parlement.
Ce qui devait être un débat ouvert est devenu un exercice contraint et encadré par la situation financière de la France.
A cela est venu s’ajouter une série de décisions du président de la République comme : l’annonce d’un conseil de sécurité au mois de décembre, l’annonce de la diminution de la composante nucléaire aéroportée, l’annonce de la réintégration de la France dans le commandement de l’OTAN, la réduction des bases annoncées en Afrique, la création d’une base à Abu Dhabi, la révision des accords de défense, l’annonce de la création d’un poste de coordinateur du renseignement auprès du président de la République et enfin, le renforcement de nos forces armées en Afghanistan. Dans ce cadre-là, on ne voit pas bien ce que le président pourra annoncer demain ?
Il devait y avoir un débat au Parlement après la publication du livre blanc, mais il y aura à la place, présentation par Nicolas SARKOZY suivi d’un débat sans vote le 26 juin, juste avant les vacances. Nous dénonçons cette parodie de débat.
- Intervention de Paul QUILÈS
Ce livre blanc nous ne le critiquons pas comme un tout, mais plutôt par le fait qu’il a été totalement piloté de l’Élysée. Régulièrement et de façon systématique, une décision nouvelle concernant soit le président, soit la défense française était annoncée.
Un livre blanc devrait présenter une philosophie de la Défense nationale. Or il est surtout anxiogène et se borne à une globalisation et une dramatisation de la menace. Cela se traduit par le concept de résilience qui doit nous sensibiliser à l’idée qu’il faut sans cesse se préparer à de nouvelles catastrophes. On s’attend à ce que Nicolas SARKOZY nous fasse demain un grand show sur la question des menaces.
On observe également une réduction considérable des moyens pour les missions qui serviront cette politique, sans que cela ne se fasse dans la concertation.
Enfin l’annonce de la réintégration de la France dans le commandement de l’OTAN s’opère sans objectif précis, sans contrepartie sur la construction nécessaire d’une Europe de la Défense. Au lieu de cela, on voit un président français se rapprocher d’un George BUSH dont l’échec est patent en matière de défense et de diplomatie. Ce n’est pas seulement une faute, c’est une erreur politique.
- Intervention de Louis GAUTIER
Faire un livre blanc est un exercice difficile, on s’attendait à ce qu’il nous livre une vision mais c’est là où le bât blesse, car ce texte se borne à un discours sécuritaire sous-jacent. Le plus préoccupant est cependant un affaissement de l’ambition européenne en matière de Défense.
La réintégration de la France dans l’OTAN est surtout le signe qu’on renonce à la construction d’une Europe de la Défense qui ne peut pas se faire à Washington, mais à Bruxelles.
- Intervention de Patricia ADAM
Les raisons qui nous ont poussées à démissionner tiennent au contexte dans lequel se sont déroulés les travaux. A partir du mois de janvier, toutes les annonces qu’a citées François LAMY ont donné le sentiment qu’en tant que membres nous étions là seulement pour donner une légitimité aux décisions déjà prises par le gouvernement SARKOZY.
Ce livre blanc bien que ce ne fût pas directement son rôle, ne dessine aucun projet politique. Il ne peut y avoir de défense sans projet politique.
A regarder Nicolas SARKOZY on a le sentiment que la vision politique de la France est atlantiste, proche des États Unis et que sa vision de la modernisation est une vision essentiellement militaire.
Nous avons depuis plus de 5 ans une incapacité budgétaire à financer les projets annoncés. Nous avons presque 2 ans de retard sur la loi de programmation militaire. Ce livre blanc se limite donc aux besoins du budget. Nous sommes inquiets de la brutalité des décisions qui vont être prises.
Il n’y aucune concertation avec le Parlement et avec les territoires. Alors que la lettre de mission de Nicolas SARKOZY la Commission incitait à une plus grande concertation avec les élus, cela ne s’est absolument pas traduit dans les faits. Nous sommes le seul Parlement européen à ne pas prendre part aux décisions concernant les questions de Défense. Nous ne votons aucun engagement de défense, ce qui est un déni de démocratie puisque l’on concentre tous les pouvoirs aux mains d’un seul homme, le président de la République, sans qu’il n’y ait aucun contrôle.