Intervention de François Hollande sur la situation budgétaire de la France : les comptes sociaux

Le projet de budget présenté par le gouvernement intervient dans un double contexte : un contexte politique marqué par la cacophonie. D’un côté le Premier ministre parle de faillite et de l’autre Nicolas SARKOZY à New York récuse l’idée du plan d’austérité.

Ce budget intervient aussi dans un contexte économique d’un état de langueur : la croissance est faible et la crise financière menace.
Il y a le constat d’un pari perdu en termes de croissance. Le choc de confiance qui devait surgir du paquet fiscal devient un choc de finances publiques.

Le budget présenté est donc incohérent, insincère et inconséquent. Il annonce un plan d’austérité qui trouve la traduction de ses premiers signes dans le projet de loi de finances que dans le projet de financement de la Sécurité sociale.

1°) Un budget incohérent :

Dès lors qu’il y a eu erreur dans la stratégie économique du gouvernement avec le vote d’un « paquet fiscal » qui a privé de 15 milliards d’euros l’État en termes de marges de manoeuvre, il n’y a plus la capacité ou le ressort pour mener une politique qui permettrait de donner de la force à la croissance économique. Un bon diagnostic s’impose : la France fait moins de croissance aujourd’hui que la plupart de ses partenaires de la zone euro. Tel n’avait pas été le cas entre 1997 et 2002 quand la France faisait même un peu plus de croissance que dans la zone euro et bien davantage que l’Allemagne. Depuis 2002 et particulièrement cette année, il y a un écart dans les résultats en termes de croissance qui s’est creusé. Nous faisons en France moins que dans la zone euro, alors que l’Allemagne a un point de croissance de plus que nous. Le premier diagnostic est de dire que la France est en retard par rapport aux performances économiques de la zone euro.

Le deuxième élément est la dégradation de notre compétitivité qui est même la cause de l’affaiblissement de la croissance. Le déficit de la balance commerciale déjà préoccupant en 2006 (+de 25-26 milliards d’euros) est devenu insupportable à presque 30 milliards d’euros et risque de devenir intenable en 2008, à plus de 30 milliards d’euros. Cette dégradation n’est pas due, comme on l’entend au seul niveau de l’euro, mais à la dégradation des échanges.

Enfin, la crise financière amortie par la gestion des banques centrales aura des conséquences sur la politique de crédits et sur le niveau des taux d’intérêt, dans un sens restrictif.
La priorité devrait être donnée au renforcement de la compétitivité des entreprises. Si nous avions été aux responsabilités, nous aurions consacré l’ensemble du budget au désendettement de l’État et à la compétitivité des entreprises, notamment des PME. Mais comme le gouvernement a tout misé sur le paquet fiscal et ses 15 milliards d’euros, il est obligé aujourd’hui d’intégrer cette masse financière qu’il a distribuée en 2008 et qui n’aura aucun impact sur les entreprises et sur la compétitivité.

2°) Ce budget est également insincère :

La croissance affichée est de 2,25% pour 2008 alors que chacun sait que pour 2007 elle sera de 1,8 %, ce qui aura des conséquences sur le niveau et le rythme de l’activité pour 2008. Selon toute vraisemblance, le taux de croissance n’atteindra pas celui affiché par le gouvernement. Et, si par malheur, nous n’avions que 1,8% de croissance sur 2007, il y aurait 10 milliards d’euros de recettes qui ne viendraient pas dans le budget de l’État.
Le niveau des taux d’intérêt ne correspond pas au mode de financement des déficits publics en 2008. Il faudra payer plus cher les épargnants qui viendront souscrire des bons du trésor pour financer le budget de l’État et son endettement.
Le niveau du déficit public affiché (2,3%) étant au même niveau que la richesse nationale en 2007, tout laisse à penser que la dégradation des comptes publics sera plus significative encore. A cela s’ajoute la dégradation des comptes sociaux : le taux de progression de l’ONDAM* est sous-évalué.

Les réformes annoncées sur les régimes de retraites ne pourront pas apporter de gains en termes de recettes avant 2009/2010. Le déficit des comptes sera donc supérieur à 12 milliards et non 8,5 milliards annoncés, ce qui engendrera une dette sociale qui devra être payée par les Français eux-mêmes.

3°) Ce budget est enfin inconséquent au regard de la dégradation des comptes publics et du risque d’aggravation des comptes sociaux.

Il n’y a pas de réduction du déficit public et c’est la première fois qu’un gouvernement n’affiche pas sa priorité à la réduction du déficit. Dès lors qu’on affiche pas cela comme une priorité, il y a de fortes chances qu’il progresse.

La dette publique qui est déjà supérieure à 64 % de la richesse nationale, continuera de croître en 2008, ce qui engendrera des frais pour l’État et amputera les possibles marges de manoeuvre. Cette situation est unique en Europe. Dans tous les pays de la zone euro, il y a l’objectif de poursuite de réduction des déficits, voire dans plusieurs pays partenaires et concurrents, un excédent constaté et programmé. Nous sommes le seul pays de la zone euro qui s’enfonce dans les déficits au moment où tous nos partenaires sont en voie d’équilibre ou d’excédent de leurs comptes publics.

Aussi, les caractéristiques de ce budget annoncent inéluctablement la promotion de l’austérité. Je prends ce mot à dessein, car le gouvernement a voulu donner cette caractéristique à son projet de loi de finances, «promotion économique, promotion sociale» . Non c’est la promotion de l’austérité, elle est déjà là et nous en voyons les premiers signes, les franchises médicales de peu de poids par rapport à l’ampleur des déficits, mais qui pèseront lourd sur les budgets des ménages. Le nombre de fonctionnaires qui sera diminué de 23 000 et pas forcément dans les secteurs où il y a sous productivité.

Jusqu’à présent le gouvernement est dans un déni de la réalité, déni de son échec, de son pari perdu et de la réalité de ses résultats. Ce ne sont pas seulement les résultats des 5 premiers mois du gouvernement FILLON, mais la gestion menée depuis 2002 et qui fait bloc pour montrer la vérité sur la réalité. Ce déni ne pourra pas durer au-delà des élections municipales même si l’intention de Nicolas SARKOZY est de tenir jusque-là. Mais au regard de l’ampleur des déficits et de ce paquet fiscal qui ne peut plus être compensé par des recettes ordinaires et au regard de l’affaiblissement de la croissance et de la crise financière qui n’est pas véritablement jugulée, oui, après les élections municipales un plan d’austérité est déjà prévu. Il aura pour nom franchise médicales doublées, TVA sociale et tout un tas de taxes que l’on voudra affecter à tel ou tel fléau mais qui pèseront sur le budget des familles.

Nicolas SARKOZY avait fait campagne sur le pouvoir d’achat, nous ferons notre jugement sur le Pouvoir d’achat des Français. Le plus grave pour nous est que le pouvoir d’achat des Français va se dégrader sans que la compétitivité de nos entreprises ne se renforce. On ne peut pas en définitive, mettre en contradiction les deux termes.

Notre priorité est le renforcement de la compétitivité des entreprises françaises. C’est leur production, leur capacité de développement, qui doivent permettre de distribuer du pouvoir d’achat. Pour le gouvernement actuel, il y a eu des cadeaux donnés à une minorité de Français, et aujourd’hui un effort demandé à l’ensemble de la communauté nationale. Là est la contradiction, là est l’injustice, et c’est là-dessus que les Français auront le moment venu à formuler leur jugement.

Ce budget apparaîtra à bien des observateurs, comme étant un budget pour rien, car il ne tranche sur rien sauf sur des détails coûteux pour les Français mais il prépare tout. Il y a un budget affiché, celui qui nous est présenté aujourd’hui et un budget caché qui s’appelle l’austérité.

(*dépenses d’assurance maladie)

Conférence de presse avec François HOLLANDE et en présence de Michel SAPIN, Pascal TERRASSE, Christian MARTIN et Claude PIGEMENT