Point presse de Christian Martin, Secrétaire national aux services publics
Réaction au discours de Nicolas Sarkozy sur la fonction publique.
Je voudrais faire remarquer une certaine filiation entre les discours de Nicolas Sarkozy de mardi, sur les questions sociales et de mercredi, à propos de la Fonction publique.
Dans ces deux discours, l’idée est de montrer qu’il faut plus de mobilité au travail. Mais on ne l’obtiendra pas avec plus de sécurité ou de garantie, mais avec moins de statut, moins de protection.
Il faut faire sauter les protections en faisant l’impasse sur la responsabilité des entreprises et la politique économique du gouvernement, par exemple nos faiblesses à l’exportation.
La casse du statut de la Fonction publique …
On met toute la responsabilité sur les agents et les salariés pour proposer l’individualisation des rapports sociaux et faire en sorte que les salariés soient face à l’employeur dans une relation de gré à gré (au passage complètement asymétrique), et pour que le fonctionnaire soit seul face à la machine administrative.
Le discours est très typé sur le plan idéologique.
Il y a une démarche qui se veut pragmatique (les fonctionnaires sont des gens formidables) mais en même temps les objectifs sont idéologiques : Nicolas Sarkozy veut faire exploser les principes du statut général de la fonction publique, la source de tous les maux de l’administration.
On cherche à imposer un recrutement avec des contrats de droit privé. Les contractuels existent déjà aujourd’hui, mais avec des contrats de droit public. Car il y a un mode de relation particulier entre l’agent et les services qui l’emploie. Et il ajoute de gré à gré.
L’Etat ne marche pas si mal que cela. Il a déjà été modernisé heureusement. Mais derrière le statut général, il cible le principe du concours comme mode de recrutement, et c’est grave.
Les risques, c’est la rupture du principe de neutralité et d’indépendance devant le citoyen. Le concours est un principe qui garantit l’égalité d’accès, et grâce au concours la garantie de la neutralité et de l’indépendance face aux citoyens, face au pouvoir politique et face à la pression financière.
Servir l’Etat n’est pas travailler pour une entreprise lambda, c’est travailler pour l’intérêt général.
Il y a vraiment une remise en cause du modèle républicain pour lequel nous croyons que les Français sont très attachés.
… Pour si peu de résultats.
Concernant la réduction des effectifs des fonctionnaires, on lui donne une justification apparente et une compensation apparente pour chaque fois une illusion.
L’illusion d’une réduction des dépenses publiques. L’illusion d’une compensation financière. Mais dans les deux cas c’est un artifice.
Pour la réduction des dépenses de l’Etat, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ne remplacer qu’un agent sur 2 ou sur 3 partant à la retraite, alors qu’il est prévu jusqu’en 2015, dans un rapport de la fonction publique publié début septembre, 80 000 départs par an. Ne sont donc concernés que 40 000 postes. On obtiendrait ainsi une baisse de 10% des effectifs de l’Etat et à ce régime-là, l’économie réalisée serait de 9 milliards d’euros, moins que les cadeaux fiscaux qui viennent d’être accordés aux plus riches par Nicolas Sarkozy
Réduire les dépenses publiques dans ces conditions, c’est un artifice de présentation.
Pour la compensation, l’illusion porte sur 800 millions économisés, dont il est annoncé que la moitié seraient redistribués à la rémunération des fonctionnaires.
C’est moins du quart nécessaire pour seulement maintenir le pouvoir d’achat des fonctionnaires en masse.
La filiation des deux discours est étroite à la fois sur l’orientation idéologique et sur l’enveloppe trompeuse.
Un nouveau contrat social, mardi et un pacte avec les fonctionnaires mercredi, mais dans un pacte déséquilibré, avec des négociations après les décisions prises et avant même avoir remis à plat les missions et les métiers.
Enfin, d’autres mesures sont choquantes dans ce discours. Notamment le pécule au départ proposé aux fonctionnaires est injurieux. Le terme est peu flatteur, et sa définition signifie une somme remise à un détenu à sa sortie de prison !
Un manque de vision pour l’avenir
Le problème des services dans la Fonction publique n’est pas d’accélérer les départs, mais déjà de faire face aux départ à la retraire nombreux des prochaines années.
Réfléchissons d’abord aux besoins de demain avant d’en chasser le maximum d’agents.
Cette mesure que Nicolas Sarkozy peut juger populaire dans le pays, nous la considérons comme choquante, par rapport à ce que nous devons faire valoir, la mission d’intérêt général et les missions de l’Etat.
Oui il faut moderniser l’Etat, à l’écoute des fonctionnaires et des usagers.
Nous allons mettre en place un outil d’évaluation du terrain en recueillant le sentiment des fonctionnaires et des usagers à travers un blog qui ouvrira dans quelques jours (parolespubliques.parti-socialiste.fr) et que nous utiliserons pour étayer nos propositions pour moderniser l’Etat.