Point presse de Benoît Hamon, porte-parole pour les élections législatives
A propos du discours en meeting de Nicolas Sarkozy
Puisque Nicolas Sarkozy préside, gouverne, fait campagne, et tout à la fois, je veux noter ici les impostures qui caractérisent le début de son mandat à l’opposé de ses promesses de campagne présidentielle.Il a rappelé hier qu’il tiendrait toutes ses promesses et ferait tout ce qu’il a promis. Dans deux domaines au moins il n’a pas mis en acte ses promesses :
- le mandat de la Banque Centrale Européenne ne sera pas révisé, car Nicolas Sarkozy veut limiter son intervention à une discussion sur la monnaie, alors que pour aller plus loin, une discussion s’imposait avec Angela Merkel. Il a donc reculé.
- Il n’a pas osé poser son veto à la poursuite des négociations avec la Turquie pour l’entrée dans l’Union européenne et dit qu’il n’utilisera pas au prochain Conseil européen cette possibilité. C’est selon nous une bonne chose, mais elle prouve bien que sa posture de campagne présidentielle ne visait qu’à séduire l’électorat du Front National.
A propos de la pensée unique dont le Président de la République a souhaité s’affranchir, je lui conseillerais de se l’appliquer à lui-même. En prenant un peu plus la défense de la liberté de la presse par exemple -si toutefois il laisse parler les journalistes- ou si lui–même ou ses amis intervenaient moins quand un papier gêne.
Son discours est l’inverse de ses actes quand il dit vouloir installer un contre pouvoir sain, alors qu’il organise un pouvoir solitaire.
Ces contradictions deviennent insupportables, y compris dans le concret de ce qui touche les Français. Ainsi en est-il de ses propos concernant les classes moyennes qui ne seraient pas les seules à supporter les efforts demandés.
Toutefois, les mesures annoncées disent exactement le contraire, notamment concernant les franchises de santé, le bouclier fiscal et la suppression de l’ISF, dont les effets seront directement portés comme un fardeau de la rigueur par les catégories moyennes.
Enfin, l’annonce confirmée par Nicolas Sarkozy de déductions fiscales sur les intérêts d’emprunts pour l’achat immobilier, qui répond au slogan d’une France propriétaire, laisse plus de questions que de réponses : quels emprunts sont concernés ? pour quel coût ?
A défaut de connaître le choix entre crédit d’impôt et déduction fiscale, la cible ne sera sans doute pas les classes populaires.
Toutes ces mesures s’opposent au grand discours d’une France réconciliée.
Bref, l’imposture de Nicolas Sarkozy se résume à sa référence à Danton « de l’audace, de l’audace, toujours de l’audace … et la France sera sauvée ».
Mais Danton abolissait les privilèges quand Sarkozy abolit l’ISF.
Il n’y a pas de révolution à élire un président de droite après un autre président de droite. C’est une imposture qui devient insupportable.
A propos d’EADS
Les soupçons de délit d’initié se précisent pour Arnaud Lagardère. Mais le sentiment d’une certaine impunité perdure et contredit l’idée de moralisation qu’avance Nicolas Sarkozy.
Je lui suggérerai donc de téléphoner un peu moins à « son frère » pour des suggestions de démission ou de contrôle d’articles de journalistes, et un peu plus pour une explication sur les conditions de la vente de ses actions EADS et pour mettre de l’ordre dans sa famille.